Le matin du 8 octobre 2026, le politicien et historien russe Vladimir Kara-Mourza a concédé une nouvelle interview à la Radio France Internationale (RFI), cette fois-ci en se concentrant sur les mouvements d’opposition en Russie, notamment le parti anti-guerre Yabloko, et l’incapacité des puissances occidentales à freiner l’aggression de Poutine contre l’Ukraine. Ci-dessus on peut regarder l’intégralité de son entretien avec Arnaud Pontus sur la chaine officielle, mais j’ai trouvé son contenu si important que j’ai décidé, même sans autorisation, d’en publier la transcription.
J’ai utilisé le site Turboscribe pour extraire de la vidéo une première version des sous-titres par IA, après j’ai confronté le résultat avec l’audio et enfin j’ai finalisé la rédaction finale du texte. Kara-Mourza parle couramment le français, mais j’ai dû supprimer les traits les plus répétitifs d’oralité et corriger la grammaire. Comme le français n’est pas aussi ma langue maternelle, mon travail peut ne pas être parfait, mais j’espère avoir fait une contribution à ceux qui étudient « la langue de Molière » ou qui, par n’importe quelle raison, préfèrent avoir le texte écrit :
Bonjour, Vladimir Kara-Mourza.
Bonjour et merci beaucoup pour votre invitation.
Merci à vous d’être ici sur RFI. Après plus de quatre ans et demi de guerre en Ukraine, la Russie intensifie ses frappes, notamment sur la capitale Kiev. Est-ce que Vladimir Poutine est aujourd’hui engagé dans une fuite en avant ?
Vladimir Poutine est au pouvoir maintenant depuis presque 27 ans. Pendant tout ce temps-là, cet homme a continué à tuer dans notre pays, dans la Russie à l’intérieur, aussi au-dehors de nos frontières. Le régime de Poutine, ça veut dire la guerre. Le régime de Poutine, ça veut dire l’agression. Le régime de Poutine, ça veut dire les représailles. Et donc, pendant que cet homme reste au pouvoir, cette guerre va continuer. C’est le seul moyen pour lui, en fait, de rester au pouvoir parce que, évidemment, il est un usurpateur, il n’a aucune légitimité démocratique, bien sûr, parce qu’on n’a pas eu d’élections en Russie pendant beaucoup d’années.
Il y a eu des élections récemment, les élections législatives en septembre ?
Entre guillemets, oui, bien sûr. Les élections, entre guillemets, on ne parle même pas du contrôle total du gouvernement sur les médias, sur le système politique. Mais même dans des conditions comme ça, comme vous le savez très bien, le seul parti anti-guerre, qui s’appelle Yabloko – un parti libéral qui s’oppose à la guerre en Ukraine et demande un cessez-le-feu immédiat –, il a été exclu du scrutin par le régime de Poutine. Parce qu’ils avaient peur que, même avec tout le contrôle, même avec toute la censure, même avec toutes les manipulations, ils ne pourraient pas cacher le fait que des millions et des millions de gens en Russie s’opposent à cette guerre, s’opposent à cette dictature. Ça pourrait être une répétition de ce qu’on avait vu en Biélorussie il y a six ans, en 2020.
Même dans une élection qui est une farce d’élection, qui n’est pas une vraie élection, mais s’il y a une alternative sur le scrutin, des millions de Russes ont voté pour cette alternative, et c’est pour ça que le régime de Poutine a exclu ce parti du scrutin. Mais en même temps, ils ont fait une très grande déclaration de peur, et une déclaration très claire de peur, parce qu’ils ont accepté que toute la propagande qu’apparemment tout le monde en Russie soutient cette guerre, c’est un grand mensonge.
Vladimir Kara-Mourza, qu’est-ce que vous comprenez à la stratégie de Poutine ? Qu’il lui faut absolument la guerre pour se maintenir au pouvoir, que c’est la seule façon pour lui de continuer ?
Chaque dictateur a besoin des ennemis.
Ennemis de l’intérieur ou ennemis de l’extérieur ?
Les deux. En même temps, bien sûr. Et c’est lié. Moi, par exemple, j’étais en prison parce que je me suis opposé publiquement à la guerre en Ukraine. Ce sont les deux côtés de la même médaille.
Je vais rappeler au passage que vous avez été condamné à 25 ans de prison pour avoir condamné cette guerre en Ukraine, l’invasion russe en Ukraine, et que vous avez été condamné pour haute trahison.
Oui, c’est ça maintenant. C’est un délit criminel maintenant, dans la Russie d’aujourd’hui, de s’exprimer publiquement contre le gouvernement, surtout contre la guerre. On a maintenant plus de 2 000 prisonniers politiques connus en Russie, jusqu’à ce qu’on puisse savoir à l’instant. Au milieu des années 80, il y avait à peu près 750 prisonniers politiques connus par nom dans l’ensemble de l’Union soviétique. Ça veut dire 15 pays d’aujourd’hui. La Russie seulement aujourd’hui a plus de 2 000 prisonniers politiques. Et bien sûr, la catégorie qui augmente le plus vite, ce sont des gens, ce sont mes concitoyens russes, qui s’expriment publiquement contre cette guerre criminelle et sanglante que le régime de Poutine mène en Ukraine.
Vladimir Kara-Mourza, vous parlez des prisonniers politiques. Il y a quelques jours, Dmitri Peskov, qui est le porte-parole du Kremlin, a nié catégoriquement l’existence de prisonniers politiques en Russie. Qu’est-ce que ça vous inspire, ce genre de déclaration ?
Rien de nouveau ici. Dans les années 1950, par exemple, Nikita Khrushchov, alors le dirigeant de l’URSS, a dit exactement la même chose. En fait, c’est juste directement la répétition. Il a dit qu’on n’a pas de prisonniers politiques en Union soviétique. On a seulement soit des criminels, soit des fous. Parce que, comme vous savez très bien, des dissidents de l’Union soviétique étaient envoyés pas seulement dans les prisons, mais aussi dans les hôpitaux psychiatriques par le régime soviétique. C’est une forme de torture. Et donc, ce n’est pas étonnant du tout que le porte-parole de la propagande poutinienne le dise.
Ce qui est étonnant pour moi – et je crois que c’est important d’en parler ici à Paris –, c’est que, comme vous savez, il y a deux semaines, la France a demandé de lever des sanctions contre deux grands oligarques du Kremlin, Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman. L’Union européenne l’a fait en ensemble, mais à cause de l’initiative française. Et d’abord, pour moi, c’est un signal très dangereux que l’Occident, l’Union européenne et la France spécifiquement soient prêtes à retourner à business as usual avec le régime de Poutine, à normaliser à nouveau les relations avec le Kremlin. Mais, si la France était aussi déterminée pour des raisons dont je ne sais pas, de lever des sanctions contre ces deux oligarques proches à Poutine, c’est absolument incompréhensible pour moi. Pourquoi le gouvernement français n’a pas demandé au moins de libérer quelques prisonniers politiques russes qui sont en train de mourir ?
Vous auriez voulu créer une monnaie d’échange ? Que ce soit un échange, en quelque sorte ? Ça aurait été plus acceptable, dans ce cadre-là, lever des sanctions contre des oligarques russes en échange de libération de prisonniers politiques ?
Premièrement, comme j’ai déjà dit, pour moi, c’est complètement incompréhensible pourquoi la France a fait ça, dans le premier cas, parce que, qu’est-ce qu’ils ont fait, Friedman ou Ousmanov ? Est-ce qu’ils ont critiqué le régime de Poutine ? Non. Est-ce qu’ils ont fait leur distance avec la guerre en Ukraine ? Non. Et il n’y a pas de raison du tout que je peux voir pourquoi la France était aussi déterminée de lever des sanctions. Mais, ce que je dis, si le gouvernement français avait ses raisons, dont je ne sais pas, de lever des sanctions contre ces deux messieurs qui sont vraiment proches du Kremlin et de la dictature de Poutine, pendant que la guerre en Ukraine continue, pendant que les représailles à l’intérieur de la Russie augmentent chaque jour, au moins, le minimum que la France pouvait faire est de demander en échange de la libération, je ne sais pas, d’une centaine de prisonniers politiques russes qui peuvent mourir demain, la semaine prochaine.
Et le fait que la France ne l’a pas fait, pour moi, c’est stupéfiant, c’est incompréhensible. Et si vous me permettez ce mot, à mon avis, c’est honteux. Mais aussi, il faut dire, je ne veux pas m’asseoir ici et critiquer juste la France, ce n’est pas juste la France. Il y a une tendance dangereuse dans l’ensemble du monde occidental. Par exemple, il y a un mois, le Canada a enlevé des sanctions d’un autre oligarque poutinien, Anatoly Tchoubaïs, encore sans aucune raison.
Vous voulez nous dire qu’il y a une tendance générale dans le monde à se dire : « Bon, bah, finalement on va pouvoir parler, il va falloir parler avec Poutine ».
Mais c’est complètement fou, parce que pour moi, l’une des leçons les plus claires de l’histoire du XXème siècle, c’est que l’apaisement d’un agresseur ne mène jamais à la paix, en fait. Ça mène toujours à plus de guerre, plus de sang, plus de douleur, plus de crime. Parce que l’apaisement d’un agresseur, l’apaisement d’un dictateur, ne sert qu’à accroitre son appétit, ses ambitions. Et on a déjà vu ça avec Vladimir Poutine pendant ces dernières 27 années.
Et pour moi, c’est absolument stupéfiant que les pays occidentaux aillent le faire encore. Il y a juste une semaine, Donald Trump, le président des États-Unis, a invité Poutine pour le sommet du G20 à Miami en décembre. Je vous rappelle que M. Poutine a un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale comme criminel de guerre. Et le président des États-Unis, la plus importante démocratie du monde, apparemment, l’invite pour un sommet... Je n’ai pas de mots, même dans le russe, pas seulement en français, pour décrire ce que je pense de tout ça.
La Russie, elle est accusée très régulièrement par l’Europe de multiplier sur son sol ce qu’on appelle des attaques hybrides, des tentatives de sabotage, des violations de l’espace aérien par des drones. Est-ce que vous y voyez une tentative d’intimidation du président russe ? Et est-ce que la réponse européenne vous semble suffisamment ferme ?
D’abord, n’appelez pas, s’il vous plaît, M. Poutine président. Il n’est pas un président. Il est un dictateur à plusieurs facteurs.
J’entends ce que vous dites. Est-ce que Vladimir Poutine tente d’intimider les Européens ? Et est-ce que les Européens ont la bonne réponse ?
La première question, oui. La deuxième, non, malheureusement. Parce qu’encore une fois, on voit cette tendance très dangereuse...
On est en train de vouloir normaliser les relations, c’est ça ?
D’apaiser, de normaliser les relations avec quelqu’un qui ne comprend pas que la langue des principes, la langue d’une position forte. Mais malheureusement, on ne le voit pas. Et surtout, avec la croissance du soutien politique pour des forces pro-Poutine ici en France, en Allemagne, dans d’autres pays de l’Europe occidentale... Normalement, c’est soit l’extrême gauche, soit l’extrême droite. Ils sont... Peut-être qu’ils sont différents dans tout autre sens, mais en ce qui concerne leur attitude à M. Poutine, ils sont vraiment les mêmes. Et ça, c’est vraiment dangereux, à mon avis.
Absolument. Il y a un mécontentement croissant des citoyens russes, aujourd’hui, en Russie, du fait des effets de la guerre en Ukraine, on voit la percée des drones ukrainiens quasi quotidiennement, les pénuries d’essence, les coupures d’internet... Est-ce que tout ça peut avoir une traduction politique ? On serait tenté de dire, si on était un peu romantique, est-ce qu’il pourrait y avoir une révolte ?
C’est seulement une question de temps, quand il y aura des grands changements politiques en Russie. On a vu une déclaration très claire de peur de la part du Kremlin, en août cette année, en août 2026, quand Poutine a exclu Yabloko, le seul parti anti-guerre, du scrutin législatif, parce qu’il a réalisé que même avec tout le contrôle, toute la censure, tout ce qu’il a, il y aurait des millions de Russes qui auraient voté pour ce parti. Mais le problème pour le Kremlin est le fait que, ok, ils ont pu écarter le parti d’opposition, le parti anti-guerre du scrutin. Mais ça ne change pas le fait qu’il y a des millions de gens en Russie aujourd’hui qui s’opposent à cette dictature, qui s’opposent à cette guerre, qui veulent que la Russie un jour devienne un pays normal, démocratique, européen. Et même si Vladimir Poutine ne le veut pas vraiment, ce jour viendra.
Mais est-ce que l’opposition russe peut en tirer un bénéfice politique ? L’opposition russe, très désunie, très disparate aujourd’hui.
Je ne crois même pas qu’on puisse utiliser le mot « opposition » quand on parle d’une dictature. L’opposition, c’est quelque chose du vocabulaire des pays démocratiques, comme ici en France. Mais pour moi, ce n’est pas à propos de l’opposition. Pour moi, c’est à propos des millions de Russes, y inclus beaucoup de jeunes, qui ont une vision très différente pour l’avenir de notre pays. Vous savez, le jour où Yabloko, le parti anti-guerre, a été exclu du scrutin, formellement c’était la Cour suprême qui a fait la décision – bien sûr, tout le monde sait que c’était M. Poutine. Mais autour de la Cour suprême, pendant ce jour-là, il y avait des milliers de gens, des jeunes, en fait c’est la génération de mes enfants, 18, 19, 20 ans, quelque chose comme ça. Et je regardais les vidéos, les photos, de Moscou, et je regardais comme ces jeunes, comme ils scandaient des slogans anti-guerre, comme ils chantaient, comme ils riaient en face de ces policiers qui étaient là-bas. Et je pensais que cette jeunesse-là, c’est l’avenir de la Russie, et le dictateur septuagénaire au Kremlin ne l’est pas, et ne le sera jamais.
L’opposant russe en exil Garry Kasparov a affirmé que sa vie était en danger. Il a dit jeudi dernier avoir été informé par les services de sécurité lituaniens et américains qu’il devait prendre des mesures de précaution. Vous êtes vous-même opposant, en exil, est-ce que vous vous sentez également en danger ?
Je n’y pense pas. Tout le monde connait la réalité du régime de Vladimir Poutine.
Vous ne pensez pas qu’en tant qu’opposant en exil, vous pourriez être menacé directement ou en danger sur votre vie ?
Regardez, pour moi, c’était toujours une question de principe de rester dans mon pays. La raison pour laquelle je suis ici, c’est à cause de cet échange de prisonniers que vous avez mentionné. Pour moi, c’était toujours une question de principe de rester chez nous, chez moi, dans mon pays. Et le FSB, le service de sécurité de Poutine, m’a empoisonné deux fois, en 2015 et en 2017. Puis ils m’ont donné ces 25 ans de prison, ils pouvaient me tuer en prison chaque jour où j’étais là-bas. Donc ce n’est rien de nouveau. La seule chose qui est nouvelle ici, c’est qu’apparemment, maintenant, des choses comme ça peuvent se passer aussi aux Etats-Unis. Parce qu’avant, il y avait cette théorie que dans les années 1970, les services secrets américains et soviétiques ont fait ce « gentlemen’s agreement », qu’ils ne font pas des choses comme ça sur les territoires de l’un et de l’autre.
On n’élimine pas dans le pays de l’autre.
Exactement. Mais avec cette nouvelle, cette annonce du Ministère [sic pour « Département »] de la Justice américain, la nouvelle ici, la répression transnationale, ce n’est pas une nouvelle. On sait que le régime de Poutine attaque ses opposants politiques pas seulement en Russie, mais aussi en dehors. On a eu ça à Londres, à Berlin, mais jamais, jusqu’à maintenant, aux Etats-Unis. Donc ça, c’est vraiment la nouvelle ici, qu’apparemment ça peut se passer aussi sur le territoire américain.
Vous ne vous sentez pas à l’abri ? C’est une menace, vous vous sentez en sécurité, là où vous êtes en exil ?
Je n’y pense pas. J’ai trop de travail pour penser à ces choses comme ça, parce que...
Vous prenez des précautions particulières ?
Non, pas vraiment. Qu’est-ce qu’on peut faire ?
Oui, on parle librement ensemble, vous êtes arrivé comme ça.
Qu’est-ce qu’on peut faire ? Non, si on passe chaque jour en y pensant, on devient paranoïaque. Et j’ai trop de travail pour aller dans cette route.
Et ça ne vous intimidera pas de toute façon, on l’a compris ça, Vladimir Kara-Mourza ?
Non, mais je crois en ce que je fais. J’aime mon pays et je veux que la Russie ait un futur normal, que la Russie devienne un pays civilisé, moderne, européen, démocratique, et je vais faire tout ce que je peux pour que ce jour arrive un peu plus tôt.
Merci, Vladimir Kara-Mourza, d’être venu sur RFI.
Merci beaucoup à vous.












Em 28 de maio de 2015, segundo consta nos metadados dos dois arquivos de imagem que eu tinha guardados em meus backups, fotografei com a autorização do Arquivo Edgard Leuenroth da Unicamp (AEL/IFCH) o artigo datilografado “Dissidentes do PCB”, escrito por Octavio Brandão em 1.º de janeiro de 1963 e depositado no fundo que leva seu nome. Aquele ano era o segundo de meu mestrado e, assim como no doutorado, os papéis do comunista histórico brasileiro foram essenciais pra eu escrever minhas teses nos dois níveis, que tratavam das relações entre o Partido Comunista do Brasil (nome do PCB até 1961) e a Terceira Internacional (ou Comintern). Porém, por alguma razão, copiei o texto aparentemente inédito, mesmo sendo mais relacionado ao tema do 


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